Mercredi 17 mai 2006 3 17 /05 /Mai /2006 14:36
Silent Hill, le film tiré du célèbre jeu vidéo éponyme est sorti en France, et nombre des adeptes de ce concept filmographique aux ambiances obscures, type Promenons nous dans les bois, en sont ravis. Heureux d’avoir peur ? Des spécialistes confirment que ce n’est pas si étrange ?


Une pancarte, Cimetière des ombres. Un couple s’enfonce dans une profonde obscurité. Le vent gémit, les arbres dessinent sur le sol des géants aux longues mains crochues. Une goutte de sang sur le bord d’une tombe, une autre un peu plus loin, puis encore une, jusqu’à l’effroi, si soudain... Les cœurs, affolés, palpitent ; Les mains, moites, cherchent le réconfort dans celles du voisin ; Tous les spectateurs retiennent leur souffle. Quelques têtes violemment séparées de leur tronc par ici, un drôle de monstre prompt à faire sursauter l’héroïne par là, et le suspense parvient à son comble. Jusqu’au soulagement, intense, qui survient sitôt passé le paroxysme du film. Une fois de plus les signalétiques interdit aux moins de 12 ans ou interdit aux moins de 16 ans n’ont pas empêché quelques centaines d’amateurs de faire - délicieusement - grimper leur taux d’ adrénaline en s’engouffrant dans cette immense salle obscure... Car, outre le talent du réalisateur, c’est l’obscurité l’ ingrédient important de la frayeur totale. Elle naît avec, et s’envole dès que le soleil se lève.


MONTEZ LE SON ET BAISSEZ LES LUMIERES


« Elle a un socle biologique qui réside dans notre inconscient. La peur de la nuit correspondait autrefois à de réels dangers dans la forêt, les cavernes où l’on pouvait se faire agresser par des animaux » explique le psychiatre Christophe André,. Pour qu’une scène d’horreur soit efficace, rien de telle qu’une nuit tombante où les ombres et les illusions peuvent se créer plus facilement que lorsque le ciel est largement éclairé. La trilogie de Scream n’est qu’un bon exemple parmi tant d’autres. « Les humains sont encore livrés en série avec des peurs programmées qui datent de la préhistoire » affirme encore le psychiatre. Aucun moyen donc d’y échapper, au moins pour les âmes plus sensibles. Impossible non plus de ne pas frissonner à l’écoute d’un ensemble de cuivres qui accompagne toujours une scène où le suspense est à son maximum. En effet, la scène de la douche du Psychose d’Hitchcock ne serait pas ce qu’elle est sans ces quelques légendaires notes de violons de B. Herrman ; Et un Freddy qui massacre ses victimes sur un générique de Benny Hill, c’est plus à mourir de rire qu’à périr de peur.... Alors pour un réalisateur, la musique, c’est quitte ou double : si le spectateur en vient à se demander ce qu’il est venu faire dans cette cave, cerné de centaines de monstres, le réalisateur a tout gagné et le spectateur perdu son pari avec la peur.


UN EFFORT PAS SI SURHUMAIN


Payer une dizaine d’euros pour voir l’une des dernières œuvres de Wes Craven, sentir le malaise s’emparer de soi et des gouttes de sueur ruisseler sur son corps pourrait, aux yeux des adeptes de scénarios plus légers type Toy Story ou Cendrillon, s’’apparenter à du masochisme. Une objection bien trop facile pour tous les cinévores d’horreur qui, tels des Goldorak en puissance, veulent flirter avec le danger, histoire de se mesurer à leur peur. « Ils testent le pouvoir que cette peur a sur eux, analyse la pédopsychiatre, Catherine Agreef, si on y réchappe, on en tire une grande satisfaction dûe à une impression de puissance, de contrôle sur sa peur et sur soi-même ». « C’est aussi un moyen de vérifier que nos systèmes d’alarme fonctionnent », renchérit le docteur Christophe André. La peur fait partie des bases communes à tout être humain alors dire « j’aime avoir peur » serait anormal. La nuance se trouve seulement dans le plaisir que tire un spectateur lorsqu’il a surmonté sa peur. L’explication de ce phénomène pourrait même être vérifiée par la médecine : dans le cerveau, les synapses de la peur sont, pour certains neurobiologistes,très proches de ceux du plaisir. Ce que, en somme, tout vrai amateur de de cinéma de genre, sait depuis longtemps.

Par Bérangère Chatelain - Publié dans : Actualités
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